SDF: personne à l'abri

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"Je ne suis pas à l'abri. Vous non plus". Voilà ce que nous dit Brigitte, en conclusion de son livre-témoignage sur son expérience de la rue. C'est vrai qu'elle a l'air bien, Brigitte. Comme Ferdine, notre autre SDF "de luxe", qui s'est toujours débrouillée, elle, pour ne pas dormir dehors. Et pourtant, quand elles racontent leur expérience, impossible de ne pas se projeter. De ne pas se voir à leur place. Pour s'en sortir, nous dit Brigitte, il faut le décider. Tendre la main à son tour, à tous ceux qui vous proposent de vous aider, et dont l'instinct de survie vous pousse à vous méfier.

Il n'est pas si fréquent, reconnaissons-le, que des propositions concrètes sortent des débats. Souvent, les camps qui s'affrontent sont identifiés, et se construisent les uns contre les autres. Alors quand ça se produit, il est toujours bon de le signaler. Ferdine soumet cette idée au député-maire de Versailles Etienne Pinte: pourquoi donne-t-on de l'argent aux familles d'accueil, qui récupèrent les enfants de ceux qui se retrouvent à la rue, alors qu'on pourrait donner le même argent aux parents, pour leur permettre de rester avec leurs enfants. Je comprends évidemment les réticences des services sociaux, face aux problèmes d'alcoolisme ou de violence. Mais une enquête minimum aurait suffi à démontrer que Ferdine n'était pas une mauvaise mère, et qu'elle aurait pu échapper à la sépration, forcément traumatisante pour tout le monde. Etienne Pinte relève, et promet de faire progresser l'idée. Dont acte...

crédit photo : Ibo / Sipa Press

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Christian Fritz-Garett 25/01/2007 19:52

Monsieur Julien ARNAUD
 


 

Je viens de regarder avec beaucoup d’intérêt votre émission. Je voudrais (si vous le permettez) faire part de mes réflexions.

 

Premièrement je suis amusé, mais pas surpris, de constater que c’est toujours à l’approche des élections que la polémique sur les SDF resurgit.
Je suis un ancien journaliste de la presse filmée, photographe de surcroît. J’ai donc eu l’occasion (au cours de ma carrière) d’approcher de près et même de sympathiser avec ceux que l’on appelait à mon époque, les clochards.
En 1961 appareil photo au poing, je me suis approché de trois clochards. Je m’apprêtais à réaliser la photo type, car ils étaient assis sur  un banc en bordure de Seine. L’un d’eux avait une longue barbe poivre et sel, un chapeau mou sur
la tête. Il
était habillé d’un vieux costume du dimanche rapiécé, il tenait dans sa main un litron de rouge. Le deuxième avait un visage émacié, accentué par des cicatrices et une oreille arrachée. Le troisième un bon vivant rondouillard et rougeaux s’apprêtait à entamer un vieux camembert.  Je ne pouvais pas passer devant eux sans immortaliser cet instant. Voyant que je m’intéressais à eux, l’un d’eux s’approcha pour me demander si je n’avais pas quelques francs à lui donner. J’étais jeune à l’époque, pas très fortuné, je n’avais aucune pièce dans ma poche. Il me demanda si j’avais des cigarettes, je répondis que je ne fumais pas. Alors il eu cette réflexion qui resta ancrée dans ma mémoire.

 

Si je comprends bien tu es aussi fauché que moi, me dit-il. Je lui répondis en souriant, oui en quelque sorte. Il plongea sa main dans sa poche, retira deux pièces de un franc et me les donna.
Tiens, c’est pour toi.
 

Je fus tellement surpris par cet élan de générosité que j’ai tenu à en savoir plus. Savoir d’où il venait, qu’elle était sa nationalité, pourquoi il en était arrivé là.
J’ai passé deux jours en leur compagnie, Ils m’ont raconté leur vie, leur parcours, leurs petits plaisirs. Celui avec lequel j’ai le plus conversé était un ancien légionnaire. Son oreille gauche avait été arrachée au cours d’un combat. Il aimait cette vie. Il m’a dit, tu comprends je suis libre, j’ai mes potes ça me suffit. Quand il pleut je me mets à l’abri, quand il fait beau, j’ai Paris pour moi, personne n’exige rien en échange.
Ils étaient en quelque sorte, des pros de la cloche…un autre monde, une autre philosophie.
 

Maintenant il n’en est plus de même.
 


 

Aujourd’hui il y a la drogue, la violence, l’indifférence, le manque de formation, le manque d’éducation, la solitude…la vie est impitoyable. On est riche un jour et peut être extrêmement pauvre le lendemain personne n’est à l’abri.
La déchéance ça peut être pour tout le monde, si l’on ne possède pas les armes pour lutter.
C’est pour cela que je dis que les politiques, les ONG devraient réfléchir un peu plus au problème. Il ne suffit pas de construire des abris temporaires, mal adaptés et mal sécurisés de surcroît. Il faut réinsérer ces personnes professionnellement, leur redonner une dignité en créant en même temps que les logements sociaux, des structures permettant l’apprentissage des métiers manuels, avec en parallèle une surveillance médicale pour ceux qui en ont le plus besoin. Je suis persuadé que chaque personne a un potentiel à exploiter.
Il y a un proverbe chinois qui dit.
Plutôt que de donner un poisson, apprends donc à pêcher.