Le prix de la gratuité

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Les RMIstes voyagent désormais gratuitement dans les transports en commun d'Ile-de-France. Dans la presse, on lit beaucoup le témoignage d'Ali, qui explique en substance: "vous comprenez, avant j'étais obligé de frauder, alors je laissais passer les trains avec des contrôleurs. Donc j'arrivais en retard à mes rendez-vous de boulot. Ca fait pas très sérieux." Mouais... Vous pouviez peut-être partir plus tôt, Ali. Non? Surtout que votre ticket, avant la gratuité, vous le payiez 75% de moins que le tarif normal! Mais passons...

La gratuité. Figurez-vous que même les associations de réinsertion sont contre! Pas toutes, naturellement, mais la plupart, et surtout les plus représentatives. C'est Emmaüs qui a osé le dire en 1er. Son président, Martin Hirsch, défend la progressivité du prix, en fonction du revenu. Une formule qui présente 2 avantages: elle responsabilise le voyageur, qui paie une contribution, et elle répond à une certaine forme de justice sociale. De plus, ça coûte moins cher à la collectivité. Des arguments qui semblent frappés au coin du bon sens, mais qui n'ont pas suffi, apparemment, à convaincre les instances de la région Ile-de-France. Pour quelles raisons? Après une émission consacrée au sujet, je cherche encore.

Martin Hirsch m'explique même que sa prise de position pourrait lui coûter cher. D'abord, il court le risque d'être perçu comme celui qui plaide contre les aides sociales, ce qui n'est évidemment pas du tout son propos. Et surtout, il craint de se fâcher avec la région et avec son président. Ce qui, en d'autres termes, pourrait signifier: coupes dans les subventions!

Alors il met la pédale douce. La grande réforme des aides sociales, que tous les acteurs du secteur appellent de leurs voeux, n'est pas encore pour demain...

Crédit Photo : Ibo / Sipa Press

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Volpe 05/04/2007 10:24

L'idée de progressivité du prix semble vous séduire. Admettons-là dans le cadre en question, bien que discutable. Mais le danger est sa possible contagion (au prix des billets de train, aux tarifs de l'eau, du gaz et de l'électricité, que sais-je encore). Un premier problème, économique et de gestion, est qu'un service n'a alors plus de vrai prix alors qu'il a bien un vrai côut. Un second est le choix des critères de progressivité et l'introduction d'effets de seuil dont on ne manquait déjà guère. Un troisième est que "justice sociale" peut s'entendre également dans le sens que ceux qui prennent des risques, se démènent et en récoltent le bénéfice ne doivent pas voir celui-ci rogné à l'excès pour, en plus de la solidarité envers ceux qui en ont vraiment besoin, subventionner tous ceux qui s'arrangent pour en faire le moins possible et profiter au maximum de la collectivité. Un quatrième, lié au précédent,  est que la diminution d'un côté sera nécessairement compensée par une augmentation de l'autre, directe si c'est via le prix, indirecte si c'est via la redistribution donc l'impôt (local a priori), qui augmentera mécaniquement.